La situation dans le monde : le point de vue et le travail d’une ONG de terrain

 

      La Journée Internationale de la Femme, créée le 8 mars 1921, revendique l’égalité homme/femme. Depuis, de nombreux évènements ont marqué le long chemin se rapprochant un peu plus du statut égalitaire. Cependant, c’est aussi l’occasion de se rappeler que, si en Europe le combat se poursuit sûrement, il y a des pays où la situation de la femme est encore déplorable et où les mentalités ne changent que très lentement. Parmi les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement se trouve celui de « promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ».

 

      Pour PADEM, ONG luxembourgeoise agréée par le Ministère et travaillant depuis 12 ans dans les Pays en Développement, il est essentiel de défendre les femmes au delà des frontières ainsi que les petites filles d’aujourd’hui pour qu’elles trouvent une place plus égalitaire demain en tant que femme. Les volontaires de PADEM nous racontent leur travail et la situation qu’ils tentent de changer sur le terrain.

 

      En Inde, bien que des femmes occupent des postes importants, notamment au niveau politique, la condition des femmes indiennes reste très difficile. La société est très sexiste, les violences et discriminations contre les femmes sont très répandues. Les filles sont souvent considérées comme incapables d’apprendre et vont moins à l’école fondamentale que les garçons, la plupart ne terminent par leurs études. Pour changer cette situation, PADEM soutient depuis 2005 l’éducation d’adolescentes vulnérables vivant en zone rurale dans les régions de Désuri et Kéru. Depuis 2009, la formation et l’insertion professionnelle des femmes de la caste des « Intouchables » à Kéru, Bawana, et Jodhpur permettent à celles-ci de devenir autonomes.

 

Famille RajaFamille indienne du Rajasthan : femme voilée, son mari et ses 3 enfants.

 

      Au Kenya, de nombreuses ethnies cohabitent, et la condition de la femme dictée par le régime juridique est très différente d’une ethnie à une autre. Kibera est le plus grand bidonville d’Afrique, situé autour de la capitale Nairobi, les conditions y sont désastreuses. Très peu de structures d’éducation existent, la violence physique fait partie du quotidien de la majorité des femmes. La violence conjugale est à l’origine de nombreux homicides et le viol conjugal ne constitue pas un crime pénal. Depuis 2008, PADEM soutient le projet de la Kibera Girls Soccer Academy qui fournit une éducation secondaire gratuite à des jeunes filles et propose à leurs parents d’accéder au micro crédit. A travers la KGSA, depuis 2 ans, PADEM lutte également contre les violences faites aux femmes du bidonville.

Kenya bidonville

Kenya : dans le Bidonville de Kibéra, les élèves participant au nettoyage des abords de l’école.

 

      Au Cameroun, bien que l’on trouve des femmes à des postes importants, dans de très nombreuses régions, elles sont considérées comme la propriété de l’homme, sont abusées sexuellement et subissent des violences. La naissance d’une petite fille est mal accueillie et engendre le risque que son mari choisisse une co-épouse puisque la polygamie est reconnue légalement au Cameroun. En 2010, PADEM a lancé un projet de lutte contre les violences faites aux femmes de Douala. En 2011, un projet de pêche pour les femmes de Douala a été mis en place dans cette continuité pour les aider à lancer une activité génératrice de revenus, afin de les autonomiser.

 

      En Haïti, depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, la situation est d’autant plus difficile pour les femmes déjà vulnérables auparavant. Elles étaient victimes de violences sexuelles et de viols, cette tendance a augmenté, notamment pour les femmes vivant dans des camps. En 2011, PADEM a lancé un projet pour renforcer leur capacité économique et décisionnelle dans la Vallée de Jacmel pour diminuer leur vulnérabilité à plusieurs niveaux, notamment financier.

En Haiti

En Haïti, même après avoir tout perdu, les femmes restent dignes !

 

      Au Pérou, le machisme continue de régner en maître et la violence à l’égard des femmes reste un problème crucial. L’avortement est également toujours interdit. La qualité de l’éducation pour les filles est moins bonne que pour les garçons et beaucoup de jeunes filles ne font pas d’études supérieures. Dans les zones rurales de montagne du district d’Urubamba, 95% des populations vivent en dessous du seuil de pauvreté et les personnes qualifiées partent dans d’autres régions. Dans la communauté indigène de Chupani, les peuples souffrent également de malnutrition et de problèmes liés à leur santé. En 2013, PADEM a lancé un projet de promotion de l’artisanat andin et de formation professionnelle de 15 de ces femmes accompagné de formations « Santé et Nutrition ».

 

      En Bolivie, la culture patriarcale confine les femmes dans un rôle domestique et notamment sexuel. Les femmes et les filles représentent 80 % des personnes victimes de trafic transfrontalier chaque année, au sein du pays davantage encore, souvent à des fins d’exploitation sexuelle ou de servitude domestique. Les jeunes filles entre 15 et 20 ans sont les plus vulnérables face au problème de l’exploitation sexuelle. L’Etat bolivien n’a pas mis en place de stratégie politique efficace mais le 31 juillet 2012 une loi en faveur de la lutte contre la traite et le trafic de personnes a été adoptée. Dans la logique de ce cadre de loi, PADEM a lancé en 2014 un projet contre la traite des femmes. De la sensibilisation a déjà été effectuée et se poursuit, des cas de traites ont été identifiés en vue de futures poursuites judiciaires à l’encontre des exploitants sexuels et l’obtention d’une décision de justice. Un Centre d’accueil à la Paz va également voir le jour pour apporter une assistance adaptée aux femmes victimes de la traite.

En Bolivie

La Bolivie est la plaque tournante du trafic de femmes en Amérique du Sud.

 

      Tous ces exemples montrent bien le très long chemin qu’il reste encore à parcourir : toutes ces femmes doivent se battre, jour après jour, pour faire respecter leurs droits, dans des pays où la loi ne les reconnait même pas comme l’égal de l’homme.

 

PADEM : www.padem.org – IBAN LU81 0021 1689 1320 2200

 


 

Une synthèse de cet article est paru dans le Lëtzebuerger Journal, rubrique « Kloertext », le samedi 7 mars 2015 :
Article Magali

 


 

Une version plus complète a aussi été publiée dans le Tageblatt dans son édition du samedi 7 et du dimanche 8 mars 2015